Cie CASSANDRE

Résidence d’écriture
Du 19 au 23 avril 2021

Sébastien Valignat, Logan de Carvalho et Matthieu Grenier travailleront à l’écriture de la prochaine création de la compagnie Cassandre : Campagne.
Le TDB est coproducteur de ce nouveau spectacle.

La question démocratique : fil rouge des créations de la compagnie
Je travaille avec la compagnie Cassandre depuis une dizaine d’année sur une forme particulière de théâtre documenté. Partant d’un questionnement ou d’un étonnement, nous prenons appui sur des travaux de sachant·es (généralement des chercheur·ses en sciences humaines et sociales, mais parfois aussi des juristes ou des journalistes) et avec une équipe dramaturgique, artistique et technique nous tentons de donner une forme artistique à cet étonnement ou à cette question (et éventuellement si nous en avons, quelques éléments de réponse).
Mon premier spectacle s’intitulait
T.I.N.A. et décrivait les évènements ayant conduit et succédés à la crise dite « des subprimes ». Une idée sous-tendait ce spectacle : de nombreux choix économiques nous sont présentés comme inévitables ( le célèbre « There Is No Alternative» de Margaret Thatcher dont l’acronyme a donné son nom au spectacle), alors qu’à l’intérieur même de la communauté scientifique, il n’y a pas consensus sur les solutions à apporter ni sur les politiques économiques à mener. Ainsi, des décisions politiques ont échappé et échappent encore, au contrôle démocratique au nom de l’expertise.
Puis nous avons créé
Quatorze, une comédie relatant les origines immédiates de la Première Guerre mondiale. Ce spectacle était lui aussi mu par une question démocratique ; l’idée que si les citoyens et les citoyennes connaissaient les raisons véritables qui poussent les États à partir en guerre, ils·elles refuseraient massivement les conflits.
Taïga [comédie du réel], créé la saison passée, montrait les tensions qui peuvent exister dans un espace démocratique entre nos libertés individuelles d’un côté et notre besoin de sécurité, de l’autre. Pour cela nous avions choisi le prisme de l’antiterrorisme à travers l’affaire de Tarnac.
J’ai également créé l’an passé, à l’invitation du théâtre du Point du Jour à Lyon, une forme performative :
Grandreporterre#1. Cette fois-ci j’interrogais la légitimité des différentes formes de contestation politique (la grève, la désobéissance civile et l’action directe plus souvent qualifiée d’action violente) dans un cadre démocratique.
Finalement, la question démocratique, c’est-à-dire celle de l’organisation et du partage du pouvoir, fait partie de mes obsessions de metteurs en scène.
Sébastien Valignat

Les origines de Campagne.
L’expérience pandémique et l’apparition de la Covid dans nos vies me semble être un révélateur extrêmement inquiétant de la défiance qui existe, dans notre pays, vis-à-vis de tout discours.
En premier lieu des discours politiques. Mais aussi, des discours journalistiques et même scientifiques.
Cette défiance n’est probablement pas sans fondement. De nombreuses «vérités» et «contre-vérités» ont été assénées. Ainsi, dès le début de la pandémie, une ministre déclarait que seul·es les malades
devaient porter un masque. Aujourd’hui, son successeur nous contraint tou·tes à en porter.
L’une des conséquences à cela est qu’il semblerait qu’une part significative de la population doute non seulement de l’efficacité des mesures mises en place par le gouvernement (ce qui en soi n’est pas un problème) mais dans un même mouvement doute de tout discours médical sur l’efficacité des masques, sur la létalité du virus ou tout reportage sur la surcharge des hôpitaux quand ce n’est l’existence même de la COVID qui est mise en cause.
La philosophe Hannah Arendt, penseuse majeure des totalitarismes nous mettait en garde : «Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple vous pouvez faire ce qu’il vous plaît.»
La démocratie entretient donc un lien étroit et complexe avec la vérité et l’accroissement de la défiance vis-à-vis du discours politique me semble mettre notre Vè République dans un état de
fragilité inédite…
L’élection présidentielle est souvent considérée comme la période la plus importante de notre vie citoyenne et démocratique, comme semble le démontrer la place que lui accordent les médias.
Paradoxalement, c’est aussi le moment où le fonctionnement de notre république est le moins critiqué en tant que système. Tout juste se borne-t-on à déplorer l’abstention.
L’élection présidentielle me parait donc être une occasion idéale pour faire théâtre de notre système politique au cours d’une soirée joyeuse et (im)pertinente.

Site de la compagnie Cassandre : https://ciecassandre.com/